Recension de « Si j’avais un franc » d’Abdelkrim Saifi

« Il me faut témoigner». Ainsi débute le roman autobiographique d’Abdelkrim Saifi, relatant l’histoire d’une famille algérienne immigrée dans le nord de la France, des années cinquante à nos jours.

Réduire ce texte à un simple « récit d’intégration » serait minimiser tant sa profondeur que sa portée, et surtout sa beauté. C’est plutôt une célébration de l’enrichissement, non pas matériel mais social, une odyssée entre le ksar de Lichana et la Rue des Produits chimiques. « Odyssée » convient parfaitement, étant donné la multitude d’obstacles sur le chemin du retour : les contremaîtres et les assistantes sociales ressemblent à des cyclopes et des méduses.

Ce livre m’a profondément touché. Avec une élégante retenue, Abdelkrim Saifi évoque les grandes souffrances autant que les petites victoires. À travers une plume habile et empreinte d’humanité, on devine un homme d’une profonde sagesse, façonné par les rencontres qui ont jalonné son parcours : Algériens, Italiens, Chtis, hussards de la République, des êtres humains avant tout. Ce récit ne dissimule rien – les racismes, les humiliations – mais Saifi ne sombre jamais dans l’amertume. La gratitude l’emporte toujours sur le ressentiment.

Ce roman est essentiel à deux égards. D’abord, il restitue un chapitre entier de notre histoire collective occulté – amputé – par le déni. La France oublie vite lorsque ses actes ne correspondent pas à ce qu’elle prétend incarner. Ces petites (mais lumineuses) histoires contribuent à réécrire notre grande (mais parfois sombre) Histoire avec honnêteté. Ensuite, en pleine controverse nationale sur l’immigration, il est crucial de considérer l’impact de certaines décisions. Couper les aides sociales ? C’est condamner de nombreuses familles à retirer la viande du couscous.

« Si j’avais un franc » ne revendique rien, et c’est là sa force. Ce livre expose sans jugement, replaçant l’humain au cœur de tout.

Je conclus cette recension avec les mots de la maman d’Abdelkrim Saifi, Yamina, affirmant que les pauvres ne sont pas ceux qui n’ont rien, mais ceux qui n’ont personne. À cette aune-là, Abdelkrim, vous êtes un homme riche, richissime même.

Ya Rayah !

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