Avis de lecture : Piranèse – Susanna Clarke (2020)

Quatre jours. Deux livres dévorés. Deux émerveillements d’affilée. Une anomalie dans mon parcours de lecteur. J’abandonne la moitié de ce que je commence. Je n’aime vraiment que dix pour cent des romans que je lis. Et je m’émerveille peut-être une fois sur cent – dans les bonnes années. Cela n’a rien à voir avec une quelconque exigence. Je suis bon public. Mais l’amour – le vrai, celui qui déplace les lignes – est rare. Et, presque toujours, inexplicable.
Piranèse figurait sur ma liste d’envies depuis sa parution, en 2020. Je l’ai croisé cent fois au détour d’une table de librairie. Cent fois, j’ai entendu la mélodie muette du Pan de sa couverture, soufflant dans son syrinx à deux tuyaux. Cent fois, j’ai résisté à l’appel. Pourquoi ? Je n’en sais rien. J’avais adoré le premier roman de Susanna Clarke, Jonathan Strange & Mr Norrell. Décortiquer les ressorts de cette procrastination n’apporterait rien : les livres qui vous bouleversent arrivent toujours – nécessairement – au bon moment.
Je pourrais évoquer la Maison – ce labyrinthe gothique, ce monde parallèle fait d’échos, de marbre et de brume, d’algues et de statues, et pourtant tissé de l’essence-même du nôtre, une essence obscure, magnifiée, vibrante. Je pourrais parler du Mystère. Qui est Piranèse ? Que fait-il là ? Et qu’est ce Là, exactement ? Je pourrais analyser, gloser, citer The Guardian qui y voit une « élégante étude sur la solitude ». Je pourrais faire le malin – rappeler les Prisons imaginaires de Giovanni Battista Piranesi, ces estampes que les critiques négligent étonnamment, alors qu’elles résonnent si clairement avec cet univers. L’ont-elles inspiré ? Peut-être.
Ce qui m’a fasciné, c’est la manière dont Susanna Clarke donne forme à la psyché stratifiée, mouvante, insaisissable de Piranèse (si tant est que ce soit son nom). Là où tant d’écrivains (moins talenteux) auraient fait de lui un observateur – une extension du lecteur lui-même, curieux et détaché – elle en fait une émanation pure de ce monde. Il n’est pas dans la Maison, il est de la Maison.

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