Auteur
©ABIGAIL AUPERIN
Résumé
Par une nuit de septembre à Rome, trois amis sortent d’un cinéma. Pietro, Tama et Monica ont en commun d’avoir chacun un parent étranger. Ils plaisantent souvent sur le fait qu’ensemble, ils forment un Italien et demi. Sur la place Colonna, ils croisent une cohorte avinée qui célèbre une victoire : Giorgia Meloni vient de remporter les élections.
Pietro, qui a dix-huit ans ce soir, se soucie peu de politique. Sa seule obsession est le court métrage qu’il doit réaliser pour l’examen d’entrée dans une prestigieuse école de cinéma. Mais devant la fontaine de l’Acqua Paola, il rencontre un clochard qui a d’étranges théories sur l’univers. Un doute gagne Pietro : ce SDF illuminé pourrait-il être son père, un astrophysicien disparu dix ans plus tôt ?
Après Les Échappés, premier roman très remarqué, Renaud Rodier nous offre, dans Si Rome meurt, le portrait d’une Europe qui bascule. Alors que Pietro aidé de ses amis plonge dans le monde des laissés-pour-compte de la Ville éternelle à la recherche du plus grand absent de sa vie, c’est le sens de nos existences qu’il nous conduit à questionner. Aussi truculent que tragique, lumineux comme l’Italie qu’il dépeint, ce roman rend hommage à l’Art et aux âmes fragiles qui veillent sur le rêve d’une humanité plus forte.
Les monuments défilent. À l’est, la Bouche de la Vérité. À l’ouest, l’île Tibérine. Au nord, la place du Capitole. Marc Aurèle les salue depuis la selle de son cheval. Putain de ville où la beauté vous crève les yeux. Mais comment être heureux quand chaque pierre rappelle que vous n’êtes que la décadente descendance de génies morts il y a des siècles ? Comment oser créer alors que tout semble déjà accompli ? Alors oui, on est un peu heureux, presque heureux.

Résumé
Lauren, étouffée par le silence oppressant d’une petite ville du Kansas, trouve refuge dans une librairie new-yorkaise après une fusillade meurtrière dans son lycée.
Aaron, héritier d’un empire mafieux, lutte pour réparer les dommages que son père a engendrés.
Émilie, une brillante interprète aux Nations unies, perd l’usage de la parole à cause d’une simple erreur de traduction.
Nathaniel, une star du cinéma, décide de disparaître pour échapper à sa célébrité.
Aashakiran, une intouchable née dans un bidonville de Mumbai, explore son destin à travers un télescope, oubliant peu à peu ses origines.
Leurs histoires s’entremêlent. Leurs exils les rapprochent.
Ce premier roman est salué par la critique. Lauréat du Prix Hermitage, du Prix Confluences et du Prix Bookstagram, il a également été finaliste du Prix du roman Psychologies et demi-finaliste du Prix Maison de la Presse, en plus d’avoir figuré dans trois autres distinctions littéraires. Il fait également partie de la sélection 2025 de la Bibliothèque Orange.
Nathaniel :
« Nous avalions les kilomètres, les kilomètres nous avalaient. « Prochain arrêt… » Suivait le nom d’une ville ou d’une autre, mais à quoi bon nommer un trou à rats si rien ne le distingue de ses semblables ? Un numéro de série aurait été plus approprié. Les mêmes garages, les même fast-foods, les mêmes églises, vendant tous la même marchandise périmée. Des hommes y naissaient et y mourraient, point.
Je m’étais égaré sans me sentir perdu. Je ne cherchais rien et mes compagnons avaient eux aussi abandonné leur chasse au trésor. Pink Floyd avait cédé sa place à Led Zeppelin, au craquement qu’émet la voix de Robert Plant lorsqu’il s’aperçoit que la femme qu’il aimait tant n’a jamais existé. Les paysages surréels qui défilaient derrière les vitres m’ont donné la nausée. Mon cerveau n’arrivait pas à assimiler tant de beauté, tant d’espace. « Prochain arrêt… » À chaque fois j’adjurais le chauffeur de ne pas me dire où nous nous trouvions, tel un client suppliant un voyant de ne pas lui révéler la date exacte de sa mort. »

L’œil du cyclope
Une oeuvre hybride mêlant poésie, prose et théâtre, éditée aux éditions Baudelaire.
Résumé
Après la tragique perte de sa femme, Nathanaël, un architecte de renommée internationale, se lance dans la construction d’un cénotaphe en sa mémoire – une immense fleur de verre au cœur de Paris.
Ce projet fou réveille les spectres d’un passé trouble : un homme sans visage, une femme vêtue de rouge, et un jeune garçon, tous élisant domicile sur le chantier.
Guidé par Julie, son premier amour qu’il n’a pas revue depuis l’adolescence, Nathanaël doit affronter ses démons pour retrouver sa voie.
Camille :
« J’aimerais que tu te souviennes de mon corps couvert de sueur, de ma bouche qui salive, du blanc de mes yeux à moitié clos, de toutes ces choses que les photos des morts négligent, escamotent, telle une dernière onction qui effacerait ces péchés qui ont pourtant donné du sel à leur vie. Le paradis m’indiffère. »

Pourquoi j’écris
J’ai commencé à écrire en regardant la cour d’une prison depuis la fenêtre de ma cuisine. Enfant, je pouvais observer pendant des heures le va-et-vient des détenus. J’en faisais des oiseaux en cage et leur consacrais des poèmes maladroits où je les laissais s’envoler dans le ciel délavé d’une ville portuaire. Je laissais de côté leurs cris, qui pourtant me réveillaient parfois la nuit.
Avec les années, mon écriture a changé. Pas tellement son principe. J’écris toujours à partir de ce qui blesse, résiste ou se brise, avec cette même tentation de le transformer par la fiction.
Une chose, pourtant, a changé : je ne fais plus taire les cris.
J’ai compris qu’on pouvait donner des ailes à la douleur sans prétendre la faire disparaître.
Lauren :
« Je n’ai jamais avorté un roman volontairement. Mes nombreuses fausses couches ont toujours été le fruit de ma négligence. Le classement n’a jamais été mon fort. Je ne compte plus les serviettes en papier sur lesquelles j’avais ébauché une intrigue que j’ai jetées à la poubelle par mégarde, ou les carnets de notes que j’ai laissés dans un train. À première vue, certaines de ces histoires mort-nées montraient plus de promesses que celles que j’ai menées à terme. J’ignore pourquoi certains sujets « collent » et d’autres pas. Cela n’a rien à voir avec l’adhésivité du support. Je me console en me disant que les récits les plus opiniâtres méritaient plus de survivre que les autres, une sorte de sélection naturelle. »

Une littérature grise
Se catégoriser, c’est souvent s’enfermer. Si le gris n’était pas déjà la couleur de l’administratif, je l’aurais volontiers revendiqué. Un gris clair, qui tend vers le réalisme sans craindre d’emprunter aux littératures de genre.
La stricte factualité m’intéresse peu. « Ce qui aurait pu être » compte parfois autant, à mes yeux, que « ce qui a été ». J’aime déplacer légèrement le réel, juste assez pour que nos mondes intérieurs viennent s’y projeter et le déformer.
La folie m’intéresse notamment pour cela. Elle brouille les frontières entre ce qui existe, ce que nous percevons et ce que nous inventons. Or ces frontières sont beaucoup moins solides qu’on aimerait le croire.
Alors quand Paris s’abandonne enfin à l’obscurité,
Quand même les lampadaires laissent tomber,
Quand les clochards cessent d’avoir peur,
Quand les putes se demandent si l’amour existe.

Voir plutôt que décrire
Mon écriture change avec les personnages et les histoires. Elle peut être introspective, lyrique, désabusée ou mordante. Je me méfie d’un style qui finirait par devenir une recette.
Un fil rouge demeure pourtant : l’attention portée à l’image. J’ai toujours envié aux cinéastes leur capacité à montrer plutôt qu’à expliquer. J’essaie de faire la même chose avec des mots.
Je veux qu’un lieu apparaisse, qu’un geste suffise à trahir une émotion, qu’un détail rende une scène visible. Les longues descriptions m’ennuient. Je préfère quelques traits qui frappent juste à l’inventaire minutieux.
En peinture aussi, j’ai toujours préféré les coups de pinceau de Munch à la précision d’Ingres.
Lauren :
« Je trempais ma plume dans le ciel gris du matin, puis je me perdais dans la transparence de ma calligraphie. »

Rythme et construction
Deux choses m’obsèdent lorsque j’écris : le rythme et la construction. Rythme ne signifie pas frénésie. Sans pauses ni détours, un récit, comme un destin trop linéaire, perd de son intérêt. Un livre doit respirer, ménager des silences et laisser au lecteur assez d’espace pour y glisser sa propre imagination.
La construction m’intéresse tout autant. J’emprunte volontiers aux genres dits mineurs leur art de doser les révélations, de créer des attentes, parfois de les déjouer. J’aime qu’un livre impose ses propres règles et que le lecteur accepte, pour quelques centaines de pages, de jouer selon elles.
Je veux surtout être surpris en écrivant et surprendre à mon tour. Car la capacité à surprendre et à se laisser surprendre, peut-être même à s’émerveiller, reste à mes yeux l’une des plus belles façons d’être au monde.
Lauren :
« La fiction a une faculté surprenante d’occuper les espaces laissés libres par la monotonie du quotidien. »

Influences
Sans ordre particulier, à l’exception de Paul Auster, Roberto Bolaño et Wong Kar-wai, qui occupent une place à part, voici les œuvres qui ont le plus façonné mon univers. Pas nécessairement celles que je préfère, mais celles dont je retrouve, consciemment ou non, la trace dans ce que j’écris.
Romans et récits
- Paul Auster : La Trilogie new-yorkaise
- Roberto Bolaño : 2666
- Jorge Luis Borges : Fictions
- Don DeLillo : Outremonde
- Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit
- Franz Kafka : Le Château
- Juan Rulfo : Pedro Páramo
- Ingeborg Bachmann : Malina
- Clarice Lispector : L’Heure de l’étoile
- Dino Buzzati : Le Désert des Tartares
- Haruki Murakami : La Danse du mouton sauvage
- Georges Perec : Un homme qui dort
- André Gide : Les Nourritures terrestres
- Ernesto Sábato : Héros et tombes
- José Saramago : L’Aveuglement
- Thomas Mann : La Mort à Venise
- Julio Cortázar : Marelle
- Yasunari Kawabata : Pays de neige
- Yukio Mishima : La Mer de la fertilité
- Julien Gracq : Le Rivage des Syrtes
- Mikhaïl Boulgakov : Le Maître et Marguerite
Théâtre
- Federico García Lorca : Noces de sang
- Harold Pinter : L’Anniversaire
- August Strindberg : Le Songe
- Albert Camus : Caligula
- Anton Tchekhov : Oncle Vania
Cinéma
- Wong Kar-wai : In the Mood for Love
- Theo Angelopoulos : L’Éternité et un jour
- Hirokazu Kore-eda : After Life
- Edward Yang : Yi Yi
- Yōjirō Takita : Departures
- David Lynch : Lost Highway
Poésie
- William Blake : The Marriage of Heaven and Hell
- Charles Baudelaire : Les Fleurs du mal
- Comte de Lautréamont : Les Chants de Maldoror
- René Char : Fureur et mystère
- Adrián Muñoz : Kintsugi