Avis de lecture : 14, Jean Echenoz (2012)

J’ai acheté ce roman pour deux raisons : d’abord parce qu’il n’y avait que trois titres en français dans une librairie de village en Italie, et les deux autres semblaient mauvais ; ensuite parce que je n’avais jamais lu Echenoz, et je n’aime pas les trous dans ma culture littéraire.

À vrai dire, je n’en attendais pas grand-chose. Le sujet de la Grande Guerre a été tant rebattu. « Tout cela a été décrit mille fois », soupire d’ailleurs Echenoz, comme pour s’excuser d’y revenir. Et pourtant, dès les premières pages, l’apparent détachement de sa prose m’a saisi : aucun pathos, une sécheresse qui confine à l’inventaire. Il compare la guerre à « un opéra sordide et puant », avant de se reprendre aussitôt :

« Peut-être n’est-il d’ailleurs pas bien utile non plus, ni très pertinent, de comparer la guerre à un opéra, d’autant moins quand on n’aime pas tellement l’opéra, même si, comme lui, c’est grandiose, emphatique, excessif, plein de longueurs pénibles, comme lui cela fait beaucoup de bruit et, souvent, à la longue, c’est assez ennuyeux. »

Ce texte bref – qui parle davantage des poux que des Allemands – je l’ai lu d’une traite. Quatre-vingt-onze pages pour traverser la guerre et voir une vie se reconstituer, amputée d’un bras droit, ce bras fantôme que l’on sent encore. Sensation qui, selon l’amiral Nelson, prouverait l’existence de l’âme.

Ce livre, froid d’apparence, en a une.

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