Avis de lecture : Mexican Gothic, Silvia Moreno-Garcia (2020)

Mexican Gothic. Une double promesse, faite pour me happer. La littérature gothique exerce sur moi une fascination ancienne – je vous l’ai déjà dit – et j’étais curieux à l’idée de découvrir l’une de ses incarnations les plus contemporaines. Et puis, le Mexique… Ce pays où j’ai vécu deux ans, que j’ai aimé jusqu’à l’obsession, avec la ferveur de ceux qui croient que leur premier amour sera le dernier.

Je repense souvent au Jour des Morts, à Tzintzuntzan. Dans le bruissement d’un cimetière paré de guirlandes de fleurs, l’émotion m’avait submergé. L’encens flottait dans l’air, les offrandes scintillaient à la lueur des bougies, les mélodies de guitare s’élevaient comme des prières. Et les vivants, à voix haute, s’adressaient à leurs défunts comme s’ils n’étaient jamais partis. Il m’avait semblé que le sens de la vie tenait là, suspendu, entre deux dimensions complémentaires.

 

Double promesse, donc : l’une tenue, l’autre peut-être moins.

Ce roman est gothique à souhait. On y retrouve tous les ingrédients du genre : une héroïne isolée dans une maison lugubre et menaçante, une atmosphère de plus en plus oppressante, des secrets de famille enfouis sous des couches de silence, des hallucinations troublantes, des figures masculines inquiétantes, et une lente descente vers l’étrange, voire le surnaturel. Le décor, bien que déplacé au Mexique, évoque surtout les landes anglaises : une vieille demeure surplombant une vallée, entourée de brume, de moisissures et de non-dits.

 

Mais c’est justement là que le bât blesse. Il m’a manqué le Mexique. Non pas comme toile de fond interchangeable, mais comme souffle, comme matière. L’intrigue se déroule, en théorie, sur les hauteurs de l’État d’Hidalgo, mais tout semble transposé d’un autre continent. La maison est anglaise, les personnages le sont pour la plupart, et même la terre, dit-on, a été importée d’Angleterre.

Je m’attendais à une réinvention mexicaine du gothique, à une hybridation audacieuse du genre – pourquoi pas des calaveras, des visions aztèques, un imaginaire plus tellurique, plus ancré dans les traditions du pays. J’y ai trouvé, au contraire, une fidélité presque trop scrupuleuse aux codes anglo-saxons. Une élégance, certes. Mais aussi une forme de retenue, qui a un peu bridé mes attentes.

 

Je ressors de cette lecture avec un léger goût d’inachevé. Non parce que le livre serait mauvais – il est bien mené, habilement construit, et parfois saisissant – mais parce que la promesse, pour moi, ne s’est pas pleinement incarnée. Le gothique est là, sans doute. Le Mexique, lui, est resté à la porte.

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