Retour de lecture : Fantaisie allemande de Philippe Claudel (2020)

Avec Fantaisie allemande, Philippe Claudel (prix Renaudot 2003 pour Les Âmes grises) compose cinq récits qu’un réseau discret de motifs relie en sourdine, et qui sondent la mémoire éclatée de l’Allemagne d’après-guerre. Le lecteur avance à tâtons dans un paysage de ruines et de refoulements : villes réduites à quelques chicots dans la plaine, anciens bourreaux que le temps absout in absentia et laisse mourir de vieillesse, comme selon une forme d’amnistie.

D’une prose sobre, sombre, d’une poésie retenue, l’Allemagne y apparaît presque comme un pays imaginaire situé de l’autre côté du miroir, face nocturne d’une conscience européenne traversée de silences et d’angles morts. Le dispositif fragmentaire m’a particulièrement convaincu, tant il épouse la logique profonde du livre : approcher l’horreur de biais, laisser affleurer ce qui ne peut se dire frontalement.

J’ai été sensible à cette retenue, à cette manière de laisser le non-dit travailler le texte. L’écriture cède cependant parfois à une explicitation qui en émousse la puissance de suggestion. J’ai admiré le projet ; il m’a peut-être manqué qu’il aille jusqu’au bout de son vertige, pour que la cartographie du déni se déploie dans toute son ampleur, plus implacable encore.

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