Un professeur de grec ancien perd la vue.
Son élève, une femme, a perdu son enfant – et avec lui, la voix –, même si ces deux événements ne sont pas liés.
Deux solitudes, faites d’éclats de mémoire, se frôlent, se cherchent, se croisent encore et encore, telles des particules dans un immense collisionneur de hadrons : aussi proches que peuvent l’être deux particules chargées – impossiblement proches, sans jamais se toucher. Au ralenti – car l’existence elle-même est un collisionneur qui tourne au ralenti, surtout lorsqu’on s’attache à une langue morte et à la philosophie qui en émane.
Platon et Borges s’y embrassent. La pureté des Formes, cette neige qui gomme nos impuretés, fond à son tour et devient boue. Tout se brouille, jusqu’à ce que l’hiver revienne.
Un aveugle et une femme aphasique tentent de communiquer : comme une lettre en braille, qui ne serait qu’une page blanche pour qui ignore cette langue de la transparence – tout aussi transparente, d’ailleurs, que le grec ancien. Une langue morte mais vivante, tant qu’on l’apprend et qu’on s’apprend avec elle.
Un roman d’une beauté fragile, mais pas moins époustouflante, où la langue devient un souffle – un mot, une lumière, parfois cela suffit à la grâce.
