Retour de lecture : La Récréation est finie de Dario Ferrari – traduction de Vincent Raynaud, Éditions du Sous-Sol, collection Feuilleton Fiction (août 2025).
« Parfois on se sent incomplet, et on est tout simplement jeune », écrivait Italo Calvino. Dario Ferrari montre ici que l’inverse peut être tout aussi vrai.
J’ai eu l’immense plaisir de partager une table ronde avec Dario au festival Le Livre sur la Place à Nancy – je n’en ai pas eu moins à le lire. Un roman érudit et caustique, qui dissèque avec une ironie jubilatoire le petit théâtre du monde académique italien (aisément transposable à d’autres milieux tout aussi conservateurs et vaniteux).
Un livre follement ambitieux et travaillé (ça fait du bien !), qui met en regard deux époques – les années de plomb et la nôtre –, deux jeunesses déboussolées cherchant un sens à leur vie dans deux systèmes écrasants, à travers deux figures : Marcello, aspirant chercheur, et Tito Sella, terroriste-écrivain. Marcello part à la recherche de La Fantasima, une prétendue autobiographie de Tito – et ce mot toscan, entre fantôme et fantasme, dit tout : ce qui revient hanter, ce qui se forme dans l’esprit, ce qu’on désire sans atteindre. Foutue quête de sens des jeunes…
Il y a, dans ce livre, tant de culture ; une culture démontrée mais jamais démonstrative, qui irrigue sans noyer, comme chez Bolaño. J’y ai appris de nombreux mots nouveaux (ce qui m’arrive rarement).
Beaucoup retiendront la critique – sans concession – du monde académique ; moi, j’en garde une méditation sur le destin. Marcello, c’est un peu un Meursault postmoderne : un non-aligné, un non-engagé. Nous résumons-nous au choix que nous faisons quand notre vie est véritablement mise en jeu ? Acceptons-nous, quand la récréation est finie, de nous sacrifier pour quelque chose de plus noble que nous-même ? Tito l’a-t-il vraiment fait ? Marcello le fera-t-il ?
Je recommande, avec un enthousiasme tout italien. Italien d’adoption je suis, et resterai.
