Retour de lecture : Les Crimes de la maison bleue, Yukito Ayatsuji (1987)

Pendant que d’autres accomplissent leur devoir de rentrée littéraire, je poursuis mon exploration des classiques du polar japonais.
Sur le papier, Les Crimes de la maison bleue avait tout pour me plaire : une île battue par les vents, coupée du monde, une étrange maison décagonale, une poignée de suspects, des meurtres en série et l’ombre tutélaire d’Agatha Christie, avec un hommage très assumé à Ils étaient dix. Difficile de faire plus prometteur.
Et pourtant : bof.
L’énigme est ingénieuse, je ne le conteste pas, et je comprends que le livre soit devenu un classique du honkaku, cette tradition japonaise du polar qui place le jeu de logique et la mécanique du crime au premier plan. Mais encore faut-il qu’autour de la mécanique, il y ait un roman.
C’est là que le bât blesse. J’ai trouvé la prose d’une platitude désarmante, souvent maladroite, parfois franchement laborieuse. Tout est expliqué, puis explicité à nouveau, comme si l’auteur ne faisait jamais tout à fait confiance à son lecteur. Les raisonnements s’étirent, chaque déduction est décomposée, les dialogues servent trop souvent à délivrer des informations plutôt qu’à faire exister ceux qui parlent.
Par moments, on croirait presque lire un contre-exemple dans un cours d’écriture créative : ne pas expliquer ce que l’on peut suggérer, ne pas répéter ce que le lecteur a déjà compris, ne pas sacrifier les personnages à la démonstration. Je me suis demandé ce que la traduction avait pu perdre en chemin, mais j’ai du mal à croire qu’elle soit la responsable.
D’autant que les personnages restent désespérément minces. Quelques traits suffisent à les distinguer, pas à leur donner une véritable présence. Ils sont les pièces nécessaires d’un dispositif plus que des êtres auxquels on pourrait s’attacher. Le problème, dans un roman où ces pièces disparaissent les unes après les autres, c’est qu’on finit par accueillir leur mort avec une parfaite indifférence.
Enfin, l’enquête parallèle menée sur le continent m’a semblé affaiblir l’un des grands attraits du livre : son huis clos. À peine l’île commence-t-elle à produire son effet, avec son isolement, sa maison absurde et la menace qui se resserre, que le récit nous ramène sur la terre ferme et laisse retomber la tension.
Reste une énigme habile, un décor formidable et un dispositif dont je comprends la célébrité. Cependant, j’aurais aimé lire un roman, pas seulement en admirer le mécanisme.

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