Un roman court, étrange, puissant, parfois frustrant.
Palais de glace s’ouvre sur la rencontre de deux filles de onze ans dans un village isolé de Norvège. Siss est extravertie et populaire ; Unn, nouvelle venue, solitaire et secrète. Quelque chose d’intense, de difficile à nommer, passe entre elles. Un soir, alors qu’elles sont seules, Unn est sur le point de lui confier un secret, puis se ravise. Le lendemain, plutôt que d’affronter Siss à l’école, elle s’aventure dans un palais de glace formé par une cascade gelée. Elle n’en ressortira pas.
C’est là que le livre commence vraiment.
Vesaas ne dira jamais ce qu’Unn voulait avouer, et cette absence est essentielle. Nous sommes dans ce territoire de la préadolescence où désir, amitié, fascination, honte et terreur ne se sont pas encore séparés selon les catégories dont les adultes se servent pour mettre de l’ordre dans leurs émotions. Le mystère n’est pas une énigme à résoudre. Il est le sujet même du livre.
Après la mort d’Unn, le récit se tourne vers Siss et vers le deuil : comment la fidélité aux morts peut devenir un enfermement, comment le souvenir peut se figer jusqu’à devenir un refus de vivre, un palais de glace à son tour.
Tout est réduit à l’essentiel. La prose est elliptique, presque muette, comme si Vesaas écrivait depuis l’incapacité d’une enfant de onze ans à mettre des mots sur ce qu’elle ressent. La construction est tout aussi resserrée, sans aucune des explications psychologiques d’usage. Quant à la nature, elle n’est jamais un simple décor : la glace, l’obscurité, l’eau sont des réalités physiques autant que des prolongements du monde intérieur des personnages. Vesaas ne nous explique pas ce que signifie la glace. Il nous donne la glace.
J’ai trouvé la partie centrale un peu répétitive. Siss tourne autour de son deuil, et le livre tourne avec elle. Cette immobilité a sa logique formelle, mais j’aurais retranché vingt ou trente pages. La sobriété de la langue ne garantit pas toujours l’économie de la structure.
Puis vient le dégel. Le mouvement revient dans la nature, chez Siss, dans le récit lui-même. Après avoir été si longtemps prisonniers de son mutisme, nous respirons de nouveau avec elle. La glace se brise, l’eau recommence à couler, et quelque chose, dans le livre, et en nous, se libère.
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Is-slottet, Gyldendal, 1963 (nynorsk)
En français : Palais de glace, trad. Elisabeth Eydoux, 1975 ; Le Palais de glace, trad. Jean-Baptiste Coursaud, Cambourakis, 2014 (Babel, 2016).
