Un Suédois de 80 ans – ancien professeur de français et danseur de claquettes – pensait savourer une retraite pleine de voyages et de bon vin. Une retraite bien méritée : il avait enseigné toute sa vie, donné sans compter à ses élèves. Mais le vide a vite grippé la mécanique.
Désormais vissé à un fauteuil en cuir (belge, la précision semble pertinente), il ne sait plus quoi faire, n’a plus envie de rien, se sent inutile, redoute de tomber. Quand il parle de ses amis, ce n’est que pour énumérer les maladies qui les accablent… ou qui les ont déjà emportés.
Son fils, réalisateur – plus latin de tempérament que Scandinave –, ne supporte plus cette attente résignée de la mort. Il veut provoquer un électrochoc, rallumer en cet homme autrefois merveilleux le goût de vivre.
Francophile, le vieil homme n’a jamais été aussi heureux que lors de leurs escapades en famille sur la Côte d’Azur. Écouter Jacques Brel ou Brassens, pour lui, c’était “comme aller à la station-service et faire le plein de passion.”
Pourquoi cette passion pour les Français ? Parce qu’ils ne s’arrêtaient pas aux panneaux stop ; parce que chaque Français était son propre président. Pisser dans la mer, la liberté !
Alors le fils élabore un plan dingue : rejouer ces souvenirs lumineux. Recréer le passé, si besoin est, rien de moins. Il loue une 4L orange qui ne dépasse pas les 40 km/h – la même que celle de ces étés lointains – et l’embarque dans un road trip sur les routes du Sud, dans l’espoir de revivre ce dernier virage où surgissait la mer. Avec l’aide de son meilleur ami, qui ne sait pas trop ce qu’il fait là, rechigne à l’idée de devoir donner une douche à un grabataire pour épargner cette vision au fils, mais se démène comme un forcené pour mettre en scène une engueulade entre automobilistes, minuter les trains, trouver un perroquet charismatique.
Je tairai ici les péripéties de ce trio improbable – car si ce vieillard avance millimètre par millimètre, quand il avance… le suspense, lui, ne faiblit pas.
Un documentaire bouleversant, qui rappelle qu’il n’y a pas d’âge pour aimer la vie, et encore moins pour être aimé. Une ode au père, à l’amitié, au grand âge. À la France et aux idées folles, aussi. Même si la France oublie parfois qu’elle fut, pour des millions de Nordiques, synonyme de bonheur, et de liberté – en pissant dans la mer.
